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Retour à la page principale du Château Laurens

1942, L'occupation.

Une kommandantur Allemande réquisitionne le château. Laurens cohabite.

Les differentes pièces de la demeure sont numérotées au pochoir mais hormis la croix gammée du fumoir qui recouvre une peinture, rien ne sera dégradé. Les soldats laisseront derrière eux des graffitis de bon goût aux inscriptions plutôt curieuses. Pendant longtemps ces inscriptions seront un mystère juqu'au jour où une spécialiste des langues anciennes se penche sur la question.

Un voile se lève.

 

Bernadette Moreau, professeure certifiée d'Allemand nous explique:

Il s'agit de petits textes en allemand, parfois rimés appartenant au registre des refrains militaires ou de corps de garde.

L'écriture est gothique manuscrite telle qu'elle avait encore cours jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale en Allemagne.
Le pays a connu une importante réforme de sa graphie afin d'éradiquer à tout jamais tout ce qui pouvait rappeler l'époque nazie.
L'alphabet qui semble assez difficile à première vue, mais j'ai vite pris l'habitude de le pratiquer pendant mes études en Allemagne. D'autant plus que beaucoup de gens écrivaient encore ainsi.


Les soldats allemands, officiers de la Wehrmacht ou de la SS, ont laissé ce type de traces dans les demeures où ils logeaient pendant l'occupation... Kommandanturen, châteaux réquisitionnés. Par contre, ils avaient coutume de réserver ces manifestations aux chambres de bonnes, ou dérobées... J'ai été assez stupéfaite de voir que ces scènes gravées figuraient dans des salles d'apparat.
Ce sont souvent des graffitis, assez bien dessinés... Le graffiti est une tradition germanique... Très ancienne. On trouve encore beaucoup en Allemagne des scènes gravées ainsi sur les façades des maisons dans les centres-ville.
Elles sont parfois très anciennes. Certaines inscriptions sont même classées aux monuments historiques, a Heidelberg par exemple. C'est une habitude qui s'est ensuite développée au sein des associations d'étudiants (Burschenschaften, aujourd'hui interdites, car elles ont fait malheureusement le lit du nazisme) ou dans le milieu militaire.
Elles avaient leurs propres rites et règles : combat au sabre... Les membres se devaient d'avoir une très belle cicatrice sur le visage afin de démontrer leur appartenance à telle ou telle association.
Chacune avait ses propres mots de ralliement : "Of" et non "auf" dans le texte signifie "debout". Enfin, les membres s'amusaient à graver des messages dans les pièces des petites maisons qui servaient de siège à elles-ci. Pendant l'Occupation Allemande, les jours de 14 juillet ou après certains moments de beuverie, les officiers laissaient libre coursà leur imagination, de façon plus ou moins heureuse, suivant l'humeur du moment. Lors de ma visite au château, j'ai été impressionnée par la qualité du graphisme. Ces dessins sont peut-être signés. C'est très rare je crois. Cela mérite sans doute un petit travail de recherche. C'est un
témoignage très intéressant d'une période de notre histoire si troublée et délicate qui mérite qu'on s'y arrête : l'occupation des châteaux par les Allemands en France.

Cliquez sur l'image ci dessous pour accéder aux graffiti et à une partie des traductions en Français.